Retour en arrière.

Avant de partir j'avais pris soin de te demander si tu pouvais me fournir des contacts sur place. Plein de réponses mais impossible de réussir à conclure. En arrivant à Jérusalem, ma première étape professionnelle, je m'étais entretenu avec mon contact sur place de mon projet aéro.

Vendredi dernier, Itzhak, un ancien officier d'active des Forces Armées Israéliennes reconverti dans les hautes technologies, me guidait dans la vieille ville. Après avoir visité la ville, touché le mur des Lamentations (et porté une kippa, en carton, pour la première fois de ma vie), salué le Ministre des Finances local (un copain de mon guide) et fait un tour dans la partie arabe de la ville, Itzhak dégaine son téléphone (son arme était de l'autre coôé de la ceinture), blablatte quelques minutes en hébreu et me répond « Ca devrait être bon, je te tiens au courant.»

L'attente : plus c'est long, plus c'est bon !

Retour à l'hôtel du Mont-Sion. Vue panoramique sur la ville. Je ne suis plus capable d'en profiter, mon attention est focalisée sur mon téléphone. J'attends qu'il sonne. Deux heures passent. Il sonne.\nItzhak à l'autre bout. Je dois faxer une lettre qui explique ma demande et fournir une copie de mon passeport pour des « security checks ?». Il est 15h. Je me dis que si je ne m'exécute pas rapidement, shabbat décalera d'autant mon vol. 16h le fax est envoyé au numéro donné. J'attends.

Rien ne se passe shabbat, rien non plus le dimanche. Intérieurement je me dis que c'est foutu. Vouloir se lancer dans cette aventure entre Roch Hachana (Nouvel An Juif) et Yom Kippour c'est comme demander à un syndicaliste CGT de travailler le 1er Mai : impossible.

Lundi, j'arrive à Tel Aviv (en shirout, une espèce de taxi collectif 20 fois moins cher que le taxi pour les trajets inter-urbains : 20 shekels pour un Jérusalem/Tel Aviv et aussi 200 fois plus sur qu'un bus normal).

Cette idée de vol m'est complètement sortie de la tête. Je travaille avec les responsables du Call Center à qui nous sous-traitons nos appels (j'espère que le syndicaliste CGT ne m'agressera pas pour délocalisation sauvage).

Mardi même punition. Rien ne se passe. J'ai oublié jusqu'à l'idée de voler ici et je commence à préparer ma nav de lundi matin : Saint-Cyr l'Ecole / Alderney avec Jacques, mon nouveau binôme qui fait le retour. Au moins j'aurai l'occasion de travailler la radio en anglais.

Mercredi, je suis debout à 7h. La journée de travail va être courte.\nLes bureaux ferment à midi aujourd'hui pour permettre aux salariés de la boîte de rentrer chez eux et de préparer le jeûne de Kippour. Mon idée tombe à l'eau. Tout sera fermé dans moins de 7 heures. Jeudi tout sera mort, et je dois arriver vers midi à l'aéroport vendredi pour enregistrer sur le vol Air France. Comme on dit chez les djeunzzzz : « C'est mort ».

Je fonce donc au p'tit déj quand mon portable se met à sonner. C'est Itzhak. « Hey Thibaut are you ready ? » ...Pourquoi m'appelle-t-il c'tuluberlu ? Je lui ai déjà transmis tous les éléments qu'il attend et retourné le projet de contrat amendé...

Itzhak me demande de retrouver son fils et un de ses amis à l'aéroport mixte de Sde Dov à 11 heures pour aller tâter de l'espace aérien local avec un autochtone. Il est 8h30, je dois retourner au bureau pour prendre toute la documentation nécessaire, retirer de l'argent et partir directement vers le terrain.

Sde Dov Regional Airport

10h00 Je m'aperçois que j'ai quitté l'hôtel sans prendre mes lunettes de soleil. Impossible de voler par tempête de ciel bleu et de soleil sans cet appendice. Je dois donc faire un détour par le sud de la ville pour ensuite arriver au nord. Le chauffeur de taxi bafouille quelques mots en anglais. Je comprends que je risque d'arriver en retard. La pression monte.

11h02 à ma montre : je suis à la porte d'entrée du terminal. Je passe un second détecteur à métaux. Décidément ici ça rigole pas... des fois que j'aurai planqué un lance-roquettes entre les deux pendant la nuit.

11h05 Je retrouve l'ami d'Ithzak. Il est commandant de bord sur El Al et fait aussi fonctionner un petit FTO avec quelques instructeurs. On se présente. J'aime bien voir son badge El Al porté fierement autour du cou. Il m'explique que je vais devoir passer quelques contrôles de sécurité. Je lui réponds que c'est bon, j'ai eu les deux.

Oui mais ici, il n'y a pas 2 contrôles avant d'accéder au tarmac mais 3. Le dernier est conduit par une petite nana assez mignonne qui se présente à moi comme « officier de sécurité ». Elle dit qu'elle va me poser quelques questions avant de prendre sa décision de me laisser accéder aux avions ou non.

Les quelques questions durent 10 minutes. On me pose 3 fois chaque question pour être sûr que je réponde bien la même chose à chaque fois. Elle est intriguée sur mes motivations. Qui a eu l'idée du vol ? Pourquoi êtes-vous en Israël ? Est-ce qu'on vous a offert des cadeaux depuis votre départ de l'hôtel ? C'est la première fois que vous venez ? Qui avez-vous rencontré en Israël ? Pourquoi votre call center est-il chez nous ? Qui a eu l'idée du vol ? Pourquoi êtes-vous en Israël ?...

A la fin de l'interrogatoire, elle me dit qu'elle garde mon passeport et qu'un de ses collègues va venir me chercher. J'ai fait comme le commandant de bord m'avait instruit : je n'ai pas dit que je suis un pilotaillon, ça compliquerait tout. Arrive le collègue. Je tente de me débarrasser de mon carnet de vol. Peine perdue. Je dois le suivre avec TOUTES les choses qui m'appartiennent.

Je me retrouve presque à poil dans une guitoune implantée devant le terminal. Le fameux collègue est maintenant rejoint par un militaire et son M16. Chaque centimètre carré de ma peau est passé au détecteur à métaux très méticuleusement. Même le petit bout de métal que j'ai dans le biceps droit fait rugir la machine.

Ensuite, mes chaussures sont passées au scanner puis la charmante Officière (pour l'écrire comme Libé) revient et me demande si mon téléphone portable fonctionne... puis de lui montrer les photos qu'il contient. Je lui propose aussi de lui montrer aussi des vidéos et lui fait l'article sur le téléphone franco-chinois. Ca n'a pas l'air de la faire rire...

5 minutes plus tard elle revient et donne sa bénédiction. Je peux accéder au tarmac. Il est 11h30 et nous sommes en train de faire la prévol de la machine qui est parquée entre un ATR, un BizzJet et une pléthore de quadri turbo prop de la même taille qu'un ATR42.

Espace aérien contrôlé

On m'explique que l'ensemble de l'espace aérien est contrôlé et que tous les vols, y compris les VFR, sont soumis à approbation du plan de vol. Avant de mettre en route, un p'tit message sur la fréquence adhoc et nous voilà autorisés à mettre en route et à passer avec le sol « when ready to taxi ».

Pour que je puisse comprendre les messages radios, mon hôte, presque exactement 1000 fois plus d'heures de vol que moi (25.000) sur avions et hélicos militaires et civils, s'adressera aux contrôleurs en anglais. Cela a pour effet immédiat de transformer tous les autres messages en hébreu en messages dans la langues de la perfide Albion.

Nous sommes autorisés à rouler vers la piste 03 via le taxiway Juliett qui nous fait passer en pleine zone de maintenance des avions militaires du terrain. Je comprends un peu mieux le pourquoi des contrôles.

« CGL Line up 03, Cleared for Take Off, turn left asap report 800ft »

Nous décollons et suivons précisément les instructions de tour. A 200ft, mon hôte met l'appareil en virage à gauche (whaou... c'est bas pour un virage serré...) et établi la machine à 800ft QNH 29,98. Ici on ne connaît pas l'hecto pascal.

Direction la « Gaza Strip » en suivant le « sea shore » . La trajectoire nous fait passer au dessus des plages de la ville, puis au dessus de ce qui me semble être un gros port de commerce avec raffineries de pétrole et tout ce qu'il faut pour approvisionner le pays en denrées diverses et variées. Il n'y a pas moins de 6 porte-containers qui mouillent au large. Impressionnant.

Dix minutes après le port, nous passons par le travers d'une base d'hélicos de l'armée. Changement de fréquence, nous continuons un peu.

Au loin, on me montre la bande de Gaza. Puis demi-tour, nous montons à 1200ft pour remontrer vers le nord. Attention à l'altitude, l'approche de l'aéroport Ben Gurion est à 800ft au dessus de nous (d'ailleurs les liners survolent la ville à cette altitude dans un vacarme important : ils ne semblent pas être tous du « chapter III »).

Je garde le yeux grands ouverts en cherchant à identifier les hélicos tous noirs qui s'annoncent en fréquence (mais pas en anglais, ce serait trop simple). Nous repassons travers Sde Dov en direction de Netanya. On m'explique comment identifier les kibboutz : une usine dans le désert à côté de petites maisons nichées dans une verdure luxuriante.

Arrivée sur Netanya, nous montons vers 2000ft. Enfin une altitude qui me rassure un peu. Tout à l'heure, je me demandais comment faire en cas de panne moteur à 800ft au dessus de la mer, sans gilet avec une quinzaine de noeud de vent ... A part prier pour qu'il réussisse son emergengy landing sur la plage, je ne voyais pas trop bien ce qu'on pouvait espérer.

Demi tour, on passe avec Herzliya et on fait une jolie verticale.

C'est un des points d'entrée de Sde Dov. On rentre "down wind left hand 800ft" dans le circuit « Number two ». L'avion est configuré pour l'atterrissage. En virant en base je 'lucine un peu. Y'a une cheminée d'au moins 600ft à moins de 100m de l'axe de piste et 200m du seuil. Intérieurement je me dis, « faudrait que les mecs de l'Autorité viennent faire un tour ici avant de continuer à emmerder les gens pour trois pauvres arbres de 20m de haut ».

Mon hôte atterrit (je n'avais jamais volé sur un Cessna de ma vie) tranquillement malgré un vent capricieux d'au moins 15kt. Il m'explique que c'est simple en C172 comparé aux liners. Il est qualifié sur 737/747/757/767, rien que ça... Je tente de lui expliquer que Airplane ca s'écrit avec un A comme Airbus, pas avec un B. Il fait mine de ne pas comprendre !

« Runway ziro tri vacated CGL »

Première bretelle à droite, nous nous arrétons devant un panneau qui indique la fréquence sol à contacter avant de dépasser une ligne qui barre le taxiway. A nouveau nous sommes autorisés à rouler sur Juliette (la pauvre).

1h10 après la mise en route nous sommes en train d'attacher l'avion et de nettoyer la cabine de tous les cadavres de bouteilles de Coca et autres papiers gras. Ici, on n'arrête jamais de manger (sauf à Kippour) des trucs et de boire du Coca par demi-litre.

Le fils d'Itzhak est content. C'était la première fois qu'il faisait un tour en avion de tourisme et qu'il voyait d'en haut certaines parties de son pays. Je suis content. Nous continuons la discussion vers la sortie et il m'explique qu'il a eu peur que je renonce pendant les contrôles de sécurité (il me parle d'AlQuaeda, comme s'ils avaient des succursales à Paris). C'est mal me connaître jeune padawan...

Pas de contrôle de sécurité pour quitter le terrain. Un tourniquet fait office de cerbère. Mon nouvel ami d'El AL me dit qu'il assure la rotation Tel-Aviv Paris lundi. Nous en profiterons pour aller boire un coup au 33ème étage du Concorde Lafayette (il dort au Méridien, je ne veux pas le mobiliser trop longtemps en escale.)

Moralité : voler en Israël c'est possible mais TRES compliqué. Le maître mot ici c'est SU-RE-TE ! Ainsi, mon passeport a été transmis aux autorités pour un contrôle approfondi (ce qui explique le temps écoulé entre ma demande et l'installation aux commandes).

En tout cas, j'ai réalisé un truc super cool : survoler la Terre Promise (à certains).